Pour les acteurs du commerce de produits biologiques, l’année 2025 représente un moment décisif pour repenser leur stratégie de déploiement. Depuis que l’UE a mis en œuvre officiellement le Règlement (UE) 2018/848 (ci-après dénommé « règlement 848 ») en 2022, le cadre correspondant a été progressivement déployé dans sa totalité.
Le jalon clé qui affectera véritablement les exportations de produits agricoles biologiques en provenance de pays tiers est le 1er janvier 2025. À cette date, l’UE passera intégralement d’un « système d’équivalence » à une « conformité stricte » pour le contrôle des produits biologiques importés.
La Chine est depuis longtemps l’un des principaux fournisseurs de produits agricoles biologiques de l’UE. Les produits biologiques chinois couvrent de nombreuses catégories essentielles du marché biologique européen, notamment les légumes transformés, les fruits tropicaux, le miel, les noix, les épices et les graines oléagineuses.
À titre d’exemple, en 2023, la Chine a exporté environ 13 500 tonnes métriques de tourteaux oléagineux biologiques vers l’UE, représentant plus des deux tiers des importations totales de l’UE pour ce produit.

Avec l’entrée en vigueur du nouveau règlement, le système de reconnaissance initial sera entièrement révisé. Les entreprises doivent également réinterpréter la logique réglementaire d’accès au marché européen et moderniser en conséquence leurs dispositifs d’exportation.
Contrairement à l’accès au marché fondé précédemment sur l’équivalence, le règlement 848 met davantage l’accent sur une conformité réelle tout au long de la chaîne de production et d’approvisionnement. Ses objectifs sous-jacents sont de renforcer la crédibilité du commerce biologique, de prévenir la fraude et d’assurer une concurrence loyale au sein du marché intérieur de l’UE.
Dans ce contexte, les entreprises qui n’adaptent pas rapidement leurs systèmes d’exportation s’exposent à des risques tels que la rétention des marchandises dans les ports, la perte de validité de leur certification, voire un refus d’entrée pur et simple.
Quels sont donc les changements clés introduits par le règlement 848? Les sections suivantes en proposent une vue d’ensemble systématique.
Le changement le plus fondamental introduit par le règlement 848 est la suppression de la « reconnaissance d’équivalence » pour les pays tiers, remplacée par l’obligation pour tous les produits biologiques importés de respecter pleinement les normes de l’UE.
La Chine n’ayant ni signé d’accord commercial sur le bio avec l’UE (comme le Chili), ni figuré sur la liste de reconnaissance d’équivalence (comme l’Australie ou les États-Unis), tous les produits biologiques exportés de Chine doivent faire l’objet d’audits de certification et d’un contrôle continu par des organismes de contrôle (CB) désignés par l’UE.
Le 1er janvier 2025 marque la date limite de mise en œuvre complète de la politique de traçabilité intégrale de la chaîne pour les produits importés exigée par le règlement 848.
À compter de cette date, seuls les produits munis d’un certificat électronique de contrôle (e-COI) validé dans le système TRACES seront autorisés à entrer sur le marché de l’UE.
En d’autres termes, le seul recours à la certification nationale CNAS ne suffira plus pour satisfaire aux exigences européennes.
Les entreprises exportatrices doivent garantir une conformité totale aux règles biologiques de l’UE sur l’ensemble de la chaîne – production, transformation, transport et stockage compris.
Cela inclut l’interdiction d’utiliser des pesticides de synthèse chimique, des engrais et des OGM, ainsi que la mise en œuvre de mesures spécifiques pour la protection des sols, le bien-être animal et la conservation de la biodiversité.
Pour les entreprises exportatrices, la mise en œuvre du règlement 848 introduit principalement des exigences de conformité dans trois domaines :

À partir de 2025, l’exigence fondamentale pour accéder au marché biologique de l’UE ne sera plus seulement la certification traditionnelle, mais la capacité à enregistrer avec succès un Certificat électronique de contrôle (e‑COI) via le système TRACES.
Délivré par des organismes de contrôle (CB) agréés par l’UE, ce certificat constitue le seul document valide permettant aux douanes de vérifier le statut biologique des produits, et agit comme un permis d’entrée numérique pour les exportateurs vers le marché européen.Premièrement
Les entreprises doivent d’abord s’assurer que leurs organismes de certification partenaires figurent dans le champ d’agrément officiel de l’UE, tels que SRS, ECOCERT et Kiwa, et que les audits réguliers et les renouvellements d’agrément sont effectués. La méthode la plus fiable consiste à effectuer une vérification croisée via le Système d’information biologique de l’UE (OFIS) afin de réduire les risques potentiels de non-conformité.
Deuxièmement
Les entreprises doivent veiller à ce que tous les documents d’accompagnement soient cohérents, clairs et traçables, notamment le code du logo biologique de l’UE, l’étiquetage d’origine, les enregistrements de lots et les preuves de prévention de la contamination croisée avec des produits non biologiques lors de la transformation. Tous ces éléments constituent des points d’audit essentiels.
Troisièmement
Avec la mise en œuvre complète du système électronique TRACES, les entreprises doivent adapter leurs systèmes opérationnels en conséquence. Les déclarants en douane, les équipes de gestion de la chaîne d’approvisionnement et les départements de certification doivent se familiariser à l’avance avec les procédures du système et mettre en place des mécanismes internes de déclaration normalisés, afin de réduire les obstacles au dédouanement liés aux erreurs de saisie manuelle des données. Par ailleurs, conformément au « Document de travail sur les contrôles supplémentaires applicables aux pays tiers » publié par l’UE le 17 janvier 2025, certains produits chinois devront également inclure une déclaration complémentaire attestant de l’absence de risque de contamination radioactive lors de la soumission de l’e‑COI, ce qui témoigne d’un approfondissement continu des contrôles documentaires.
Les nouvelles règles ne portent plus seulement sur le produit final, mais exigent des groupes qu’ils mettent en place un Système de Contrôle Interne (SCI) mature incluant suivi, tenue de documents, évaluation des risques et audits annuels.
Des études menées par le FiBL et l’IFOAM indiquent qu’environ 2 000 groupes de producteurs de pays tiers du monde entier doivent achever la modernisation de leurs systèmes d’ici 2025, sous peine de perdre réellement l’accès au marché européen.
Pour les petits exploitants et les coopératives en Chine, les principaux défis se situent sur trois axes :Parallèlement, avec un effectif maximal de 5 000 membres par groupe et un taux de contrôles aléatoires annuels porté à au moins 5 %, la gouvernance organisationnelle deviendra un seuil critique d’accès au marché de l’UE.
Pourtant, ces pressions représentent également des opportunités stratégiques.Les entreprises peuvent accélérer leur transition en mettant en place des systèmes de formation professionnelle, en développant des outils de traçabilité numérique et en participant à des programmes de renforcement des capacités organisés par l’IFOAM ou le FiBL.
La coopération avec des importateurs, des associations professionnelles ou des plateformes de commerce durable peut également aider les coopératives nationales à bénéficier de cadres de conformité éprouvés et d’expériences opérationnelles, comme le montrent des modèles d’exportation réussis tels que les bananes dominicaines ou le café péruvien.
Sur le plan du marché, la demande européenne en noix biologiques, thé, protéines végétales et légumes transformés continue de croître régulièrement.Pour les exportateurs chinois, cela signifie qu’une fois que les coopératives agricoles auront mis en place des systèmes solides de gouvernance et de traçabilité, ces produits pourront non seulement être commercialisés, mais également atteindre des prix plus élevés en valorisant leur histoire d’origine et leurs critères de durabilité.
Selon le Rapport sur le marché européen 2024, les infractions impliquant des produits biologiques en provenance de pays tiers représentent environ 30 % de l’ensemble des cas signalés. Parmi ceux-ci, des lots de miel chinois, d’huiles végétales et de certains thés ont été expressément cités.Cela indique clairement que la conformité sur un seul maillon ne suffit plus pour se prémunir contre les risques systémiques.
Les incertitudes au niveau de la chaîne d’approvisionnement méritent également une vigilance accrue : depuis la mise en place des « contrôles officiels supplémentaires » en 2025, la fréquence des inspections portuaires pourrait augmenter, entraînant des délais de dédouanement plus longs et des coûts logistiques et de stockage plus élevés.Le secteur estime généralement que les coûts augmenteront de 10 % à 15 %.
vérifier au plus vite les qualifications des organismes certificateurs, réaliser des auto-contrôles sur les principales sources de pollution, mettre en place un mécanisme de partage des données de traçabilité avec les importateurs européens, et suivre en permanence les mises à jour des règlements délégués et des règles d’étiquetage de l’UE.
https://agriculture.ec.europa.eu/system/files/2025-05/analytical-brief-7-eu-organic-imports-brief_en.pdf
https://food.ec.europa.eu/horizontal-topics/traces_en
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/uri=CELEX:32018R0848